Que représente le drapeau palestinien ? pierre.reynaud, 24 septembre 202523 septembre 2025 EXPLAINER. Le drapeau palestinien est partout dans l’actualité : à l’ONU depuis 2015, dans les capitales qui reconnaissent l’État de Palestine, dans les cortèges et sur les mairies quand la symbolique déborde. Que « dit » ce rectangle de tissu — au-delà des passions ? Le débat public confond souvent identité, revendication politique et protocole. Or un drapeau n’est pas une banderole : c’est un système de signes, avec une histoire, des règles, une grammaire. Le drapeau palestinien naît d’un imaginaire pan-arabe (unité des peuples arabes) cristallisé en 1916 lors de la « Révolte arabe », puis devient, en 1964, l’emblème de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). En 1988, il est proclamé drapeau de l’« État de Palestine ». Depuis 2015, il flotte à l’ONU au titre d’« État observateur non membre ». C’est donc à la fois un signe historique et un instrument diplomatique. (Encyclopedia Britannica) Mécanisme Le drapeau est une tricolore horizontale noire, blanche et verte (de haut en bas), chevauchée côté hampe par un triangle rouge isocèle. Proportions standard : 1:2 (hauteur:longueur). Mini-schéma (texte) : imaginez trois bandes égales (noir / blanc / vert) ; plaquez à gauche un triangle rouge dont la base = hauteur du drapeau et la pointe atteint environ un tiers de la longueur. Ces quatre couleurs pan-arabes renvoient, par tradition, aux grandes dynasties et au récit de l’arabité : noir (Abbassides / étendard noir), blanc (Omayyades), vert (associé à l’Islam et souvent aux Fatimides), rouge (Hachémites). Le modèle vient directement du drapeau de la Révolte arabe (1916). L’OLP le codifie en 1964 ; l’« État de Palestine » le reprend en 1988 ; un vote de l’Assemblée générale de 2015 autorise son pavoisement au Siège des Nations unies. (Wikipédia) Acteurs & incitations Palestiniens (institutions, société). Le drapeau sert de marqueur d’identité collective et de continuité politique — d’où sa présence dans l’espace public, sur les documents officiels, dans les stades. Incitation : solidariser une population dispersée (Territoires, diaspora) autour d’un signe lisible et internationalisé. (Ministère des Affaires Étrangères) États et organisations internationales. L’usage du drapeau encode un degré de reconnaissance. À l’ONU, le pavoisement depuis 2015 fait exister la représentation palestinienne à côté des États membres. Incitation : envoyer un signal politique tout en respectant le protocole onusien pour « États observateurs non membres ». (ONU Press) Opinions publiques et municipalités. Dans la rue, il condense solidarités ou oppositions. Incitation double : visibilité (médias) et simplification (un code couleur dit « nous » en un regard) ; mais il se heurte aux règles locales de neutralité administrative quand il est hissé sur un édifice public. (Le drapeau n’est pas, juridiquement, un slogan ; son affichage officiel reste encadré.) Effets attendus vs limites Effets attendus. Sur le terrain symbolique, le drapeau stabilise une identité politique en l’arrimant à une tradition plus large (pan-arabisme). Dans la diplomatie, il signale une capacité de représentation (ambassades, missions, sièges) et sert de matrice visuelle aux documents d’État (sceaux, uniformes). C’est un logo politique au sens fort : peu d’éléments, forte mémorisation. Limites. L’univocité n’existe pas. Le même drapeau peut désigner une cause nationale ou être perçu par d’autres comme un signe d’hostilité ; il peut être instrumentalisé par des factions. La polychromie pan-arabe brouille aussi la singularité (ressemblance avec Jordanie, Soudan, Sahara occidental) — utile pour la famille de sens, moins pour l’unicité. Enfin, la symbolique n’épuise pas la réalité juridique : hisser un drapeau à l’ONU ne vaut pas siège de membre. (Analogie 1 : le drapeau est la clé USB — il porte des fichiers symboliques —, pas l’ordinateur des institutions.) (Wikipédia) Exemple chiffré Trois chiffres pour cadrer. 1916 : les quatre couleurs apparaissent ensemble sur le drapeau de la Révolte arabe. 1964 / 1988 : adoption par l’OLP puis par l’« État de Palestine ». >150 États reconnaissent à ce jour la Palestine — 156 à 157 selon les décomptes récents —, ce qui explique la diffusion protocolaire du drapeau (ambassades, organisations régionales). (Analogie 2 : plus un drapeau est lisible par d’autres que ses porteurs, plus il « circule » dans l’architecture internationale, comme une carte de visite acceptée.) (Encyclopedia Britannica) À surveiller Reconnaissance diplomatique (compteur). Nombre d’États et d’organisations intergouvernementales utilisant officiellement le drapeau (ambassades, accréditations). Un seuil utile : > 160 reconnaissances consoliderait la « norme d’affichage » dans la plupart des enceintes multilatérales. (Al Jazeera) Normes techniques (proportions/codes). Respect du 1:2, de l’ordre noir-blanc-vert et de la géométrie du triangle dans les usages officiels (construction sheets). Une harmonisation accrue réduit les polémiques et les contrefaçons lors d’événements internationaux. (Wikimedia Commons) Encadrement onusien/protocoles nationaux. Évolution des règles de pavoisement à l’ONU et dans les capitales (préséances, jours désignés). Toute extension de la représentation officielle (statut, lieux) accroît la visibilité du drapeau ; tout recul la contraint. (ONU Press) En somme : le drapeau palestinien raconte une filiation — des couleurs pan-arabes à une cause nationale — et opère comme un capteur de reconnaissance : plus il est admis dans les protocoles, plus il produit d’effets politiques. Reste que la puissance d’un drapeau tient à une alchimie fragile : symboles clairs, usages réglés, attentes mesurées — bref, une grammaire plus qu’un cri. SOURCES Encyclopædia Britannica — « Arab Revolt Flag » — https://www.britannica.com/topic/Arab-Revolt-Flag — Consulté le 24/09/2025. Wikipedia — « Flag of Palestine » (adoptions 1964 / 1988, proportions) — https://en.wikipedia.org/wiki/Flag_of_Palestine — Consulté le 24/09/2025. UN Press — « State of Palestine Flag to Fly at United Nations Headquarters » (résolution, 2015) — https://press.un.org/en/2015/ga11676.doc.htm — Consulté le 24/09/2025. Ministry of Foreign Affairs – State of Palestine — « The Palestinian Flag » — https://www.mofa.pna.ps/en-us/palestine/thepalestinianflag — Consulté le 24/09/2025. Palestinian Academic Society for the Study of International Affairs (PASSIA) — « The Palestinian Flag » — https://www.palquest.org/en/highlight/33555/palestinian-flag — Consulté le 24/09/2025. Le Monde (Les Décodeurs) — « The countries that recognize a Palestinian state » — https://www.lemonde.fr/en/les-decodeurs/article/2025/09/23/map-the-countries-that-recognize-a-palestinian-state_6745654_8.html — Consulté le 24/09/2025. Al Jazeera — « Which are the 150+ countries that have recognised Palestine (2025) » — https://www.aljazeera.com/news/2025/9/23/which-are-the-150-countries-that-have-recognised-palestine-as-of-2025 — Consulté le 24/09/2025. Wikimedia Commons — « Flag of Palestine (construction sheet) » (extrait de la loi n° 5/2006) — https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Flag_of_Palestine_(construction_sheet).svg — Consulté le 24/09/2025. Partager : Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook J’aime ça :J’aime chargement… Similaire International