Comment les États-Unis se sont-ils agrandis au cours du temps ? pierre.reynaud, 13 janvier 2026 INTERNATIONAL. Depuis quelques mois, l’idée d’une nouvelle expansion territoriale américaine revient comme une houle froide dans l’Atlantique Nord. Les responsables groenlandais répètent qu’aucune « reprise » n’est envisageable, des voix européennes avertissent qu’un passage en force briserait l’Alliance atlantique, et, à Washington, des élus déposent des textes pour « autoriser » une annexion ou une acquisition. Ce bruit d’actualité a une vertu utile : il oblige à regarder, calmement, l’histoire longue des États Unis comme une histoire de cartes redessinées, de signatures, de guerres, d’achats, et de statuts hybrides. Autrement dit, il oblige à revenir à une question simple et vertigineuse : comment une république née sur une étroite bande littorale a-t-elle pu devenir un ensemble continental puis océanique, sans cesser de se dire, dans le même souffle, fidèle à la loi ? Dans les archives américaines, l’expansion a l’odeur du papier scellé. On imagine une table, une lampe, des cartes pliées dont les plis finissent par devenir des frontières. Chaque génération américaine a eu son acte fondateur, sa ligne tracée au cordeau, son littoral gagné, sa baie sécurisée. Et pourtant, à regarder l’ensemble, la scène répétée n’est pas seulement celle du drapeau planté, mais celle d’une transformation juridique, d’un passage de souveraineté. Le territoire n’est pas seulement pris, il est converti. Converti en territoire fédéral, parfois en État, parfois en possession lointaine, parfois en statut inclassable qui ressemble à une salle d’attente de l’histoire. Carte d’ensemble et problématisation L’expansion territoriale des États Unis n’est pas un récit unique, c’est une succession de régimes d’acquisition. Le pays s’agrandit d’abord par un traité de fin de guerre qui reconnaît l’indépendance et fixe des limites, puis par des achats négociés, puis par des annexions décidées à l’intérieur, puis par des cessions obtenues après des conflits, puis par l’acquisition d’îles et de ports à l’âge des empires. Le tout est recouvert d’une trame constitutionnelle qui donne au Congrès la main sur les territoires et au pouvoir fédéral, par la diplomatie, les instruments de la souveraineté. La question qui travaille encore le présent est la suivante : l’expansion est-elle un simple phénomène historique, clos par l’achèvement du continent, ou bien un mécanisme institutionnel toujours disponible, prêt à se réactiver dès que la géopolitique, le commerce ou la défense le réclament ? L’histoire américaine répond en demi-teinte. Le mécanisme demeure, mais il est cerné de contraintes plus épaisses qu’au dix-neuvième siècle, parce que le droit international s’est densifié, parce que les peuples concernés demandent à compter, et parce que l’empire, aujourd’hui, se paie au prix fort en légitimité. Le premier élargissement, de la côte à la ligne des Appalaches Au départ, il n’y a pas une nation née grande, mais des colonies britanniques adossées à l’océan, et déjà traversées par une tentation de l’Ouest. Le traité qui met fin à la guerre d’indépendance ouvre l’espace, reconnaît la souveraineté des États Unis et fixe des frontières qui les projettent vers le fleuve Mississippi. À partir de là, une autre expansion commence, souvent oubliée parce qu’elle est intérieure plutôt qu’étrangère : la conversion de vastes espaces en territoires fédéraux destinés à devenir des États. L’ordonnance du Nord-Ouest, adoptée sous la Confédération (1787), est un moment charnière : elle invente une méthode, une procédure, une promesse de droits, et surtout une idée américaine de l’agrandissement par étapes, comme une marche encadrée vers l’égalité politique. Elle n’est pas un achat à une puissance étrangère, mais elle est l’outil administratif qui rend l’expansion praticable et durable. L’expansion continentale comme projet d’État, et comme vertige constitutionnel Au début du dix neuvièmes siècles, la jeune république découvre que l’agrandissement est aussi une crise de doctrine. Peut-on acquérir un territoire sans trahir l’esprit d’une Constitution conçue pour un espace plus petit ? L’achat de la Louisiane répond par l’audace. En 1803, l’accord avec la France n’est pas seulement un gain foncier, c’est un saut d’échelle : pour 15 millions de dollars, les États Unis obtiennent un ensemble immense qui comprend le bassin du Mississippi et les plaines, et dont l’ampleur est souvent résumée par une formule frappante, 828 000 miles carrés. Le pays se découvre capable de se doubler par la négociation, et il découvre surtout que la diplomatie est une machine à fabriquer du territoire. Ce moment, raconté par l’historiographie américaine comme un coup de maître, est aussi un moment de doute : l’acte est-il pleinement constitutionnel ? La réponse pratique sera politique. Le traité est approuvé, le territoire est organisé, et la question, au lieu de bloquer, se transforme en précédent. Frontières nord, frontières sud, la géométrie des compromis L’expansion continentale ne se fait pas seulement par des grands coups, mais aussi par des réglages. Avec la Grande-Bretagne, un accord fixe une partie de la frontière au quarante neuvième parallèle, une manière de dessiner le monde à la règle, sans épouser les reliefs. Avec l’Espagne, le traité dit Adams Onís (1819) transfère la Floride et clarifie des prétentions jusqu’au Sud-Ouest. Ces mouvements sont moins spectaculaires que la Louisiane, mais ils sont décisifs : ils ferment des litiges, ils sécurisent des arrières, ils rendent possible la projection plus loin. Les nations autochtones, l’autre face du territoire On ne peut pas raconter l’agrandissement américain comme une pure affaire de diplomatie entre États, parce qu’une large partie de l’espace continental est aussi le résultat d’une dépossession progressive des nations autochtones. Le gouvernement fédéral utilise des traités, puis une législation de déplacement, puis, quand cela ne suffit pas, la force ou l’inexécution. Les textes diplomatiques deviennent, ici, des instruments d’expulsion. Un jalon majeur est la politique de removal, renforcée par la loi de 1830, qui organise la négociation de traités de transfert et accélère la translation des peuples vers l’Ouest. Cette dimension est essentielle pour comprendre la singularité américaine : l’expansion ne se limite pas à l’ajout de terres, elle implique la reconfiguration humaine et juridique des terres, et donc une violence institutionnalisée qui contredit, par endroits, le récit de la liberté. L’annexion du Texas et la guerre qui ouvre le Sud-Ouest Il existe, dans le récit américain, un moment où l’expansion se fait à la jonction du droit interne et de la guerre. Le Texas, d’abord république indépendante, est annexé. Cette annexion précipite un conflit avec le Mexique et se conclut par un traité qui transfère au vainqueur une part majeure du Sud-Ouest. Ici, l’expansion ne prend pas la forme d’un achat propre mais d’une cession issue d’une guerre. Le résultat est massif. Le seul traité de 1848 ajoute environ 525 000 miles carrés, un chiffre qui dit, mieux que des métaphores, la transformation de la carte. Le continent est pratiquement verrouillé. Et pourtant, l’appétit de précision demeure : quelques années plus tard, un nouvel accord, souvent appelé « achat Gadsden », complète la frontière au Sud en 1853 pour faciliter une ligne de chemin de fer et stabiliser la limite. La diplomatie devient alors une couture. Acteurs et intérêts Dans cette histoire, les acteurs reviennent comme des personnages constants. Il y a l’exécutif, qui négocie, qui propose, qui justifie au nom de la sécurité et du commerce. Il y a le Sénat, qui ratifie les traités et joue, parfois, le rôle de frein. Il y a le Congrès dans son ensemble, qui organise les territoires, les finance, les transforme en États ou les maintient dans un statut d’exception. Il y a l’armée, qui sécurise, occupe, construit des forts et, au besoin, impose des faits accomplis. Il y a les colons, les compagnies, les ports, les intérêts agricoles et miniers, qui tirent la frontière comme on tire une toile. Et il y a les populations concernées, trop souvent traitées comme un décor, mais toujours capables, à long terme, de faire revenir la question politique au premier plan. Le commerce comme boussole, la défense comme justification Les motifs se répètent avec une régularité presque mécanique. Contrôler des fleuves, comme le Mississippi. Contrôler des accès, comme la Floride et le golfe. Éviter qu’une puissance européenne ne verrouille une porte continentale. Puis, plus tard, contrôler des escales et des câbles, des baies et des détroits, dans le Pacifique et les Caraïbes. À mesure que l’économie devient mondiale, l’expansion américaine se déplace des plaines vers les îles. Le territoire cesse d’être seulement une terre à cultiver, il devient une infrastructure de projection. Le basculement océanique, de la carte continentale à la carte impériale La fin du dix-neuvième siècle marque un changement de registre. Les États Unis, qui ont presque achevé leur expansion continentale, se tournent vers l’océan. L’annexion d’Hawaï, à la charnière de 1898, n’est pas seulement un événement insulaire : c’est l’acquisition d’un pivot stratégique au milieu du Pacifique. Dans le même mouvement, la guerre contre l’Espagne et le traité de paix de 1898 transfèrent des territoires d’outre-mer : Porto Rico, Guam, et les Philippines. Le pays bascule dans une situation qu’il avait longtemps regardée avec méfiance, la possession coloniale, même si le vocabulaire officiel préfère parler de territoires, de protections, d’administration. Le statut des îles, ou la naissance d’un droit de l’entre deux C’est ici qu’apparaît une tension durable. Le récit national dit : nous sommes une république anti-impériale. La réalité institutionnelle dit : nous administrons des terres et des peuples sans les intégrer pleinement. Au début du vingtième siècle, la Cour suprême forge une doctrine distinguant les territoires « incorporés », destinés à devenir des États, et les territoires « non-incorporés », qui appartiennent aux États-Unis sans en être partie intégrante au même sens. Le droit fabrique une zone grise. Une zone qui explique encore aujourd’hui pourquoi certains territoires ont des représentants sans droit de vote au Congrès, pourquoi les droits fédéraux s’y appliquent selon des modalités particulières, et pourquoi la question de l’égalité politique n’y est jamais complètement tranchée. Les petites îles, l’extension par la ressource et par la loi Il y a aussi une expansion plus discrète, faite d’atolls et de récifs. Une loi de 1856, connue sous le nom de Guano Islands Act (loi des îles à guano), autorise des citoyens américains à prendre possession d’îles non revendiquées riches en guano, ressource alors stratégique pour l’agriculture. Ce mécanisme, à mi-chemin entre l’initiative privée et la souveraineté publique, ajoute une série d’îlots au domaine américain, parfois inhabités, parfois transformés plus tard en points militaires, parfois oubliés. Là encore, l’expansion n’est pas toujours un grand acte diplomatique : elle peut être une procédure. L’Alaska, le grand achat froid En 1867, l’achat de l’Alaska à la Russie semble, sur le moment, une extravagance glacée. Mais l’histoire aime les ironies : ce qui paraît inutile devient précieux. Le précédent est clair. Un traité, une ratification, un transfert de souveraineté, puis l’organisation d’un territoire qui, beaucoup plus tard, deviendra un État. Le prix, lui, est resté dans les mémoires comme une formule de comptable et de poète à la fois : 7 200 000 dollars pour un espace nordique qui ouvre l’Arctique et le Pacifique Nord. Cet achat illustre un point capital pour comprendre l’expansion américaine : l’argument économique immédiat peut être faible, mais l’argument géostratégique, lui, mûrit avec le siècle. Les Caraïbes achetées, la logique des détroits En 1917, les États-Unis achètent aux Danois les îles qui deviendront les îles Vierges américaines. Cette fois, l’acte d’acquisition est explicitement monétaire, et même métallique : le traité prévoit un paiement de 25 000 000 de dollars en or. On est en pleine Première Guerre mondiale, la logique est celle des approches maritimes et de la sécurité. Les îles ne sont pas un continent à peupler, mais un verrou sur des routes navales. Panama, le territoire qui n’a pas vocation à durer Le cas du canal de Panama rappelle qu’un territoire peut aussi être perdu, rendu, transféré en sens inverse. Au début du vingtième siècle, les États-Unis obtiennent un contrôle sur une zone stratégique liée au canal, qui devient un symbole de puissance technique et militaire. Mais, après des décennies de contestation, des traités négociés à la fin des années 1970 organisent un transfert progressif à Panama, achevé en 1999. Cette trajectoire inverse est précieuse pour penser jusqu’à nos jours : l’histoire territoriale américaine n’est pas une marche univoque vers l’agrandissement. Elle est aussi un apprentissage des limites, des coûts politiques, et des compromis. Le Pacifique sous mandat, l’après Seconde Guerre mondiale Après 1945, l’expansion prend la forme d’une administration internationale. Les États Unis gèrent, sous l’égide des Nations unies, un vaste ensemble d’îles du Pacifique en tant que territoire sous tutelle. De cet ensemble sortiront des États indépendants associés, mais aussi un territoire américain durable, les îles Mariannes du Nord, qui deviennent un commonwealth au statut particulier. Ce moment est instructif : la souveraineté peut être exercée sous une forme non coloniale en apparence, mais l’effet est voisin, contrôle des infrastructures, des mers, des accords militaires. L’empire se modernise, il se rationalise, il se justifie autrement. Mécanismes et contraintes Le cœur technique de l’expansion américaine tient en quelques mécanismes juridiques qui se combinent. D’abord, le traité. Il transfère la souveraineté d’un État à un autre, et, dans le système américain, il exige l’accord du Sénat. Ensuite, la loi fédérale. Elle organise le territoire, crée des institutions locales, définit la fiscalité, ouvre ou ferme la porte à l’accession au statut d’État. Ensuite, la résolution d’annexion, qui peut, dans certains cas, être une voie alternative au traité, comme pour Hawaï. Ensuite, la paix après la guerre, où le traité de fin de conflit devient le véhicule d’une cession. Enfin, la jurisprudence, qui vient dire comment la Constitution “suit” ou ne suit pas le drapeau, et comment les droits s’appliquent dans ces espaces. Le point clef est que l’acquisition n’est jamais seulement un acte unique. C’est une chaîne. Un transfert de souveraineté sans organisation administrative produit un vide. Une administration sans perspective politique produit un ressentiment. Une perspective de pleine égalité sans volonté du Congrès produit une frustration durable. Le droit américain, en cela, est pragmatique : il sait fabriquer des statuts. Mais ce pragmatisme a un coût moral et politique, parce qu’il autorise une citoyenneté à géométrie variable et des appartenances incomplètes. L’exhaustivité, ou l’art de ne pas oublier les marges Dire exhaustif ne signifie pas réciter un chapelet de dates sans chair. Cela signifie tenir ensemble les grands blocs et les retouches. Les retouches existent : la frontière du Nord Est se précise au milieu du dix-neuvième siècle, des litiges sont réglés, des rivières deviennent des lignes. Les territoires intérieurs deviennent des États, puis cessent d’être des territoires au sens juridique, ce qui fait disparaître, dans le récit, le travail administratif de l’expansion. Les possessions extérieures changent de statut, certaines deviennent indépendantes, comme les Philippines après la Seconde Guerre mondiale, et ce départ, souvent moins commenté que l’acquisition, est pourtant une décision territoriale majeure. L’histoire américaine est donc une alternance de densification et de relâchement, de prise et de restitution, d’intégration et de maintien à distance. Comparaisons régionales, pour prendre la bonne distance Si l’on compare, l’expansion américaine est à la fois classique et singulière. Classique, parce qu’elle ressemble aux expansions continentales de la Russie vers la Sibérie ou du Canada vers l’Ouest, avec la même logique de colonisation et de contrôle des espaces. Singulière, parce qu’elle s’est enveloppée d’une rhétorique constitutionnelle et d’un idéal d’égalité entre États qui a servi de moteur et de masque. L’Europe, elle, a plutôt exporté des empires outre-mer puis les a défaits. Les États Unis ont fait les deux, mais dans l’ordre inverse : d’abord le continent, ensuite l’outre-mer, ensuite une décolonisation partielle, tout en conservant des territoires “non incorporés” qui rappellent que la question n’est pas close. Futurs plausibles Le futur territorial des États Unis, si l’on reste dans le domaine légal et politique plutôt que dans la fiction de la conquête, ressemble moins à une nouvelle acquisition qu’à une révision des statuts existants. La question la plus plausible n’est pas “qu’acheter”, mais “que faire” des territoires actuels. Certains scénarios reviennent périodiquement : l’admission d’un territoire comme État, l’indépendance, l’association renforcée, la clarification de l’application des droits. Le droit fournit des chemins, la politique fournit ou refuse l’énergie. Un autre futur plausible, plus géopolitique, est celui des accords d’accès plutôt que de souveraineté. Louer une base, signer un traité de défense, obtenir des droits de port, installer des capteurs et des câbles, sécuriser des routes maritimes. L’histoire montre que l’Amérique a souvent préféré la souveraineté quand elle la jugeait nécessaire, mais elle montre aussi qu’elle sait, parfois, obtenir l’essentiel sans annexer. L’époque contemporaine, saturée de normes internationales et d’opinions publiques connectées, rend ce second modèle plus probable que le premier, même si la tentation du drapeau demeure dans certains discours. Ce qui tranchera, les indicateurs qui comptent vraiment La carte américaine a été façonnée par des intérêts concrets, et elle continuera de l’être. La première mesure, c’est l’échelle : les États Unis couvrent aujourd’hui environ 9 833 517 kilomètres carrés, ce qui explique pourquoi toute idée d’agrandissement se heurte immédiatement à une question de justification, car l’espace n’y manque pas, l’enjeu est ailleurs. La seconde mesure, c’est la capacité de la diplomatie à acheter ou échanger, comme elle l’a fait pour 15 000 000 dollars en 1803, car cela suppose un vendeur souverain et un consentement international. La troisième, c’est l’expérience de la guerre et de la paix, car la cession de 1848, de l’ordre de 525 000 miles carrés, rappelle que la frontière peut encore naître d’un conflit, mais aussi que ce mode est devenu politiquement toxique à l’âge des institutions internationales. La quatrième, c’est la logique d’infrastructure, illustrée par l’achat de 10 000 000 dollars au milieu du dix-neuvième siècle pour ajuster une frontière en fonction d’un projet de transport. La cinquième, c’est la valeur stratégique des marges froides, que l’Alaska résume par un chiffre devenu emblématique, 7 200 000 dollars, et par une leçon, ce qui paraît périphérique peut devenir central. La sixième, c’est le prix politique des positions maritimes, dont l’achat de 1917, 25 000 000 de dollars en or, donne une image nette : un territoire insulaire se paie comme un verrou. La septième, enfin, c’est la réalité humaine : les cinq grands territoires actuels rassemblent plus de 3 600 000 habitants, et cette donnée pèse sur toute discussion, parce qu’on ne déplace plus des statuts comme on déplace des pions, sans que la question démocratique revienne frapper à la porte. Conclusion L’expansion territoriale américaine, du début à nos jours, n’est pas un simple roman de conquête. C’est un atelier juridique où l’on fabrique des appartenances, où l’on transforme des traités en cartes, où l’on fait passer des espaces du dehors au dedans, parfois sans intégrer pleinement ceux qui y vivent. Les grands moments, 1803, 1819, 1848, 1867, 1898, 1917, dessinent une trajectoire, mais ce qui demeure, au cœur, est une tension : l’Amérique s’est construite par l’addition, et elle s’est maintenue par l’invention de statuts. Aujourd’hui, l’époque rend l’addition plus coûteuse et la légitimité plus fragile. Le futur territorial des États Unis, s’il reste dans le registre du légal, sera probablement moins un nouveau morceau de carte qu’une décision sur la qualité de l’appartenance, sur la manière d’être “dedans” sans être pleinement “dans”, et sur ce que signifie, au fond, appartenir à une république née de la promesse d’égalité. SOURCES Reuters, « Greenland says it should be defended by NATO, rejects any US takeover », 12 janvier 2026. The Guardian, « Greenland says it cannot accept US takeover “under any circumstances” », 12 janvier 2026. Office of the Historian, U.S. Department of State, « Louisiana Purchase, 1803 ». U.S. National Archives, « Northwest Ordinance (1787) ». Office of the Historian, U.S. Department of State, « Acquisition of Florida: Treaty of Adams Onis (1819) ». Office of the Historian, U.S. Department of State, « The Annexation of Texas, the Mexican American War, and the Treaty of Guadalupe Hidalgo, 1845–1848 ». Office of the Historian, U.S. Department of State, « Indian Treaties and the Removal Act of 1830 ». Office of the Historian, U.S. Department of State, « Alaska Purchase, 1867 ». Office of the Historian, U.S. Department of State, « The Annexation of Hawaii, 1898 ». Yale Law School, Avalon Project, « Treaty of Peace (Treaty of Paris), 1898 ». Office of the Historian, U.S. Department of State, « The Spanish American War and the Treaty of Paris, 1898 ». Foreign Relations of the United States, texte du traité États Unis Danemark (1916) indiquant le paiement pour les îles Vierges, publié par l’Office of the Historian. Congressional Research Service, « Federal Statistical Data for U.S. Territories: Issues and Resources », 2 mai 2025. Office of the Historian, U.S. Department of State, « The Panama Canal and the Torrijos Carter Treaties ». United Nations, Research Guide, « Strategic Trust Territory of the Pacific Islands », référence à l’accord de tutelle et à la résolution de 1947. Partager : Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook J’aime ça :J’aime chargement… Similaire États-Unis International