Qu’est-ce qu’une maison en philosophie ? pierre.reynaud, 9 décembre 20257 décembre 2025 IDÉES. L’hiver 2025 a ramené la maison au cœur du monde. En France, le 30e rapport sur le mal-logement chiffre 350 000 personnes sans domicile et note qu’« en 2024, 30 % des ménages ont eu froid chez eux » ; en Espagne, les autorités exigent le retrait de plus de 65 000 annonces de locations touristiques pour protéger le parc résidentiel ; à Gaza, 92 % des logements sont détruits ou endommagés ; en Ukraine, environ 2,5 millions d’unités ont été touchées depuis 2022 ; l’Union européenne, elle, a adopté un règlement imposant la transmission de données aux plateformes de meublés de courte durée. Ces faits, étalonnés par des sources publiques, ne relèvent pas d’un bulletin de catastrophe : ils forcent une vieille question à sortir de la théorie pour se placer sous la lampe de bureau. Qu’est-ce qu’« une maison » — aujourd’hui, philosophiquement, politiquement ? Le 3 juillet 2025, le Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées alerte sur un « nombre historique » de demandes au titre du Droit au logement opposable (DALO). Le 11 avril 2024, l’Union européenne adopte le règlement 2024/1028 pour imposer la collecte et le partage de données aux plateformes de location de courte durée. Le 15 décembre 2024, le gouvernement français confirme la trajectoire d’interdiction des « passoires thermiques » à la location : classe G en 2025, F en 2028. L’actualité internationale, elle, donne sa mesure tragique à la question : l’ONU recense 92 % de logements détruits ou endommagés à Gaza ; en Ukraine, environ 2,5 millions d’unités sont affectées. Une maison, dans la prose des jours, n’est pas qu’un toit : c’est une condition matérielle d’existence, un imaginaire, un droit en tension, une marchandise soumise à arbitrages, une infrastructure traversée par l’énergie et la loi. Par « maison », on entend d’abord l’habitation intime où l’on se sent « chez soi » ; par « logement », on désigne l’unité juridique, cadastrée et raccordée, qui rend possible l’habitation ; par « foyer », on vise la dimension affective et symbolique du chez-soi ; par « domicile », l’ancrage civil et administratif de la personne ; par « abri », la forme minimale de protection contre l’exposition. Ces nuances guideront l’analyse. La tension centrale est simple à formuler, difficile à tenir : la maison est-elle un bien-abri — premier instrument de liberté concrète — ou un bien-actif — ressource d’accumulation et d’investissement —, et comment arbitrer quand ces deux valences s’opposent dans une ville rare, une économie financiarisée, un monde qui se réchauffe et se déplace ? Autrement dit : peut-on penser la maison à la fois comme lieu d’habitation (un home) et comme actif marchand (un asset), sans mutiler l’une de ces dimensions ? Nous avancerons en trois temps. I — À hauteur d’homme : faits et nœuds d’une actualité du logement. II — Cadres conceptuels : de HEIDEGGER à BACHELARD, de LEFEBVRE à LEVINAS, prolongés par INGOLD, NUSSBAUM, BUTLER, et quelques architectes contemporains. III — Une thèse opératoire : définir la maison comme « minimum d’habitation capacitaire » ; en préciser les critères, les tests empiriques et les conséquences politiques. I — Le problème à hauteur d’homme A. Les faits qui forcent la pensée Premier faisceau. En France, la Fondation Abbé-Pierre recense 350 000 personnes sans domicile et observe qu’en 2024, 30 % des ménages ont eu froid chez eux. Le DALO bat des records : 124 958 ménages ont saisi l’État en 2024 ; 37 132 ont été reconnus prioritaires ; 23 682 logements ont été effectivement attribués, soit 6,3 % des attributions sociales, loin des quotas théoriques. Depuis 2007, plus de 307 500 ménages ont toutefois accédé à un logement grâce au DALO. La jurisprudence et le Conseil constitutionnel encadrent ce champ : la possibilité pour chacun de disposer d’un logement décent est érigée en objectif de valeur constitutionnelle (1995), et la carence de l’État à reloger un prioritaire peut ouvrir droit à indemnisation. Deuxième faisceau. L’Europe encadre les meublés de tourisme : le règlement (UE) 2024/1028 impose aux plateformes le partage standardisé de données avec les autorités. La France adopte en novembre 2024 une loi renforçant la régulation locale des meublés. L’Espagne exige en mai 2025 le retrait de plus de 65 000 annonces irrégulières ; Milan bannit en décembre 2025 les boîtes à clés en voirie ; Barcelone obtient en mars 2025 l’aval judiciaire pour interdire progressivement les appartements touristiques d’ici 2028. L’objectif affiché : rendre du logement aux habitants permanents, corriger des externalités d’overtourisme, et assécher certains effets d’aubaine. Troisième faisceau. La guerre teste la définition même du chez-soi. À Gaza, l’OCHA évalue à 92 % la part des habitations endommagées ou détruites ; en Ukraine, environ 2,5 millions d’unités sont affectées depuis 2022. Ce ne sont pas des chiffres abstraits : ils signifient que la condition première de l’habiter — l’abri continu — se dissout à grande échelle. L’home est remplacé par la tente, la colocation forcée, l’exil. Enfin, la transition énergétique entre dans la maison : en France, la mise sur le marché locatif des logements classés G est entravée depuis 2025 ; F suivra en 2028. La maison devient un nœud d’énergie autant qu’un toit. L’habitant affronte l’équation relogement-rénovation : qui paie, qui gagne, qui reste ? B. Distinctions utiles Il faut d’abord séparer le fait et la norme. Le fait : des ménages ont froid, des villes raréfient l’offre longue durée, des guerres défont les murs. La norme : un État s’estime tenu par un objectif constitutionnel de logement décent, un Pacte international (PIDESC) définit un « logement suffisant » (sécurité d’occupation, habitabilité, coûts supportables), une municipalité prétend protéger un parc résidentiel contre la rente de court séjour. Ces deux niveaux se croisent sans s’abolir : une maison peut être légalement louée et pratiquement invivable ; inversement, un abri informel peut reconnaître à une personne exilée une dignité minimale que la norme tarde à répercuter. Séparer corrélation et causalité : l’essor des meublés de courte durée coïncide avec une tension sur les loyers, mais l’éventail des causes est plus large (production neuve, fiscalité, emplois, transports). Les villes qui restreignent Airbnb l’exposent : l’interdiction seule n’est ni une baguette magique ni une illusion ; c’est un instrument parmi d’autres. Distinguer nécessaire et suffisant : sans abri, il n’y a pas d’habitation possible — la protection est nécessaire ; mais l’abri n’est pas suffisant pour faire maison — il faut de la durée, des usages, des relations, un certain « pouvoir-faire » (capability), au sens de SEN et NUSSBAUM. C. Objection 1 et réponse provisoire Objection : la maison est d’abord un droit subjectif ; la traiter en « actif » ou en « infrastructure » la livre au capital, donc trahit son sens. Réponse provisoire : c’est précisément parce que la maison est un droit que nous devons examiner ses conditions de possibilité — matérielles, énergétiques, juridiques, financières. Une philosophie qui n’affronterait pas la comptabilité, le foncier, l’énergie, les plateformes, reconduirait une abstraction. Il ne s’agit pas de soumettre l’habiter à la marchandise, mais de neutraliser les mécanismes qui empêchent l’habiter — y compris quand ils se réclament du droit. Transition — Pour désarmer la fausse alternative entre droit et marché, il faut reformuler la maison à partir de cadres conceptuels suffisamment riches pour traverser la technique, le symbolique et le politique. II — Cadres conceptuels et arrière-plans A. Auteurs : reconstructions charitables HEIDEGGER (« Bâtir, habiter, penser », 1951) noue trois gestes : bâtir, habiter, penser. On « habite » avant de « bâtir » au sens où l’humain demeure poétiquement au monde : l’édification répond à l’habitation originaire. Cette source phénoménologique rappelle que la maison n’est pas un contenant, mais un mode de séjour au sein du « quadriparti » (terre, ciel, mortels, divins). On peut contester sa mythologie rustique ; on doit garder l’intuition : la maison est un verbe avant d’être un nom. BACHELARD (La Poétique de l’espace, 1957) explore la maison intime : coins, escaliers, greniers, poêles, « nids » et « coquilles ». Il montre comment l’habitation « amplifie » l’être, en dépliant l’imaginaire du refuge. L’ouvrage immunise contre deux réductionnismes : l’« économicisme » pur et l’« institutionnalisme » seul. La maison est mémoire et rêverie autant que rationnement et règlement. LEFEBVRE (La Production de l’espace, 1974) expose une thèse décisive : l’espace n’est pas un décor, il est produit par des rapports sociaux — stratégie de l’État, circuits de capitaux, pratiques d’usage. La maison n’est pas hors de cet espace : elle est prise dans l’« espace abstrait » du néo-capitalisme, qui tend à dissoudre les différences au profit de la circulation et de l’échange. Le concept arme l’analyse des meublés de tourisme et de la financiarisation du logement. LEVINAS (Totalité et infini, 1961) propose une logique éthique du « chez-soi » : habiter, c’est se tenir « chez soi » pour ouvrir à l’Autre ; la demeure n’est pas clôture autarcique, mais hospitalité possible. Habiter serait le « pouvoir du possible » — capacité à se retirer pour mieux accueillir. La maison est ainsi médiation entre intériorité et altérité. INGOLD (1995, 2000) reformule la « perspective de l’habiter » (dwelling perspective) : on n’occupe pas simplement un monde fini, on le tisse par des lignes de pratique ; « bâtir » n’est pas préalable à « habiter », mais l’un se fait dans l’autre. L’accent mis sur les compétences situées, apprises, éclaire la transition énergétique : rénover, c’est acquérir des gestes. L’habitant est un praticien plutôt qu’un usager passif. NUSSBAUM (2011) et SEN (1999) autorisent une traduction normative : le logement traverse plusieurs « capacités centrales » (santé corporelle, sécurité d’occupation, imagination et pensée protégées par la privacy). Une politique de la maison devrait viser ces capabilités plutôt qu’un fétichisme d’objets (compter des mètres carrés sans compter les usages). BUTLER (2004) fournit la grammaire de la précarité : nos vies sont exposées de façon différentielle ; certaines maisons sont publiquement « pleurables », d’autres laissées à l’indifférence. La maison devient un indicateur de grievability : qui a droit à un toit qui tienne, dont la perte sera reconnue comme telle ? La guerre donne à cette question une évidence insupportable. Enfin, chez les architectes, PALLASMAA (1996) rappelle la dimension sensible de l’habiter — la maison qui engage tous les sens, et pas seulement la rétine ; KELLER EASTERLING (2014) déploie la puissance politique des espaces d’infrastructure : normes, standards, câbles et plateformes agissent comme un « système d’exploitation spatial ». Une maison branchée au réseau des plateformes n’est plus un simple objet, c’est un nœud de flux. B. Comparaisons, analogies, contre-exemples Comparons quatre schèmes, dans un tableau textuel : Maison-abri (protection minimale ; pertinent en contexte de guerre ; critère : étanchéité, chaleur, sécurité) ; Maison-foyer (symbolique et mémoire ; pertinent pour l’enracinement ; critère : continuité et appropriation non violente) ; Maison-droit (normativité étatique ; pertinent pour le relogement prioritaire ; critère : justiciabilité, délais, effectivité) ; Maison-actif (finance et plateforme ; pertinent pour l’allocation des ressources et la rareté ; critère : rendement vs coût social). Aucun ne suffit seul. La maison n’est ni pur refuge, ni pur investissement, ni simple titre administratif, ni seule rêverie : elle est un carré de tensions à arbitrer selon contexte. Analogie : penser la maison comme une langue. On la reçoit, on l’apprend, on la parle, on la plie à ses usages ; mais elle est prise dans une grammaire (droit, normes énergétiques, impôts), et dans un marché (rareté, prix). Contre-exemple utile : certains micro-logements hyper-optimisés, « habitables » par code et par appareil, demeurent inhabitables par expérience — bruit, lumière, promiscuité. Le code coche les cases ; la vie se retire. C. Objection 2 (issue d’un auteur) et réponse Objection (inspirée d’ARENDT) : en soulignant la « maison » comme lieu de privacy, on risque d’éroder la sphère publique, le monde commun, où se tiennent l’action et la parole ; trop valoriser le foyer pourrait reconduire l’assignation au domestique, notamment pour les femmes. Réponse : la maison n’est pas l’ennemie de l’espace public — elle en est la condition ; mais cette condition doit être instituée pour éviter la capture domestique. La perspective féministe (YOUNG, BUTLER) corrige la tentation d’un « havre » idéalisé : la maison peut aussi être lieu de violence. D’où l’exigence d’un concept capabilisant de la maison : un espace d’où l’on peut sortir, où l’on n’est pas assigné, où la sécurité n’est pas le prix de l’invisibilité. Transition — Nous avons clarifié les concepts et désamorcé quelques pièges. Reste à proposer une thèse opératoire : que serait, pour une politique raisonnable, une « maison » digne de ce nom ? III — Thèse, critères, conséquences A. Proposition : la maison comme « minimum d’habitation capacitaire » Thèse : une maison est un minimum d’habitation capacitaire. Minimum, parce qu’elle fixe un seuil non négociable d’abri, de sécurité d’occupation et d’habitabilité sensible ; d’habitation, parce qu’elle n’est pas qu’un titre ni un rectangle au cadastre, mais un usage durable et appropriable ; capacitaire, parce qu’elle élargit concrètement ce que la personne peut faire (se reposer, travailler, aimer, élever, inviter, créer), en rendant ses capabilités réelles, et pas seulement juridiques. Conditions d’application : 1) Sécurité d’occupation effective (contrat lisible, délais de relogement tenus, voies de recours rapides) ; 2) Habitabilité (température, lumière, bruit, air — l’architecture comme écologie des sens) ; 3) Coût soutenable (un ratio revenu/loyer conforme aux standards sociaux locaux) ; 4) Performance énergétique minimale (pour que la maison ne punisse pas l’habitant par la facture) ; 5) Insertion dans un tissu (équipements, transport, lien avec le dehors) ; 6) Reversibilité (pouvoir quitter, ré-habiter ailleurs sans punition). Encadré — Ce qu’on sait / Ce qu’on ignore encore On sait que la demande DALO a atteint un record en 2024 et que plus de 300 000 ménages ont été relogés depuis 2007 ; on sait que 92 % des logements de Gaza sont endommagés et qu’en Ukraine environ 2,5 millions d’unités ont été touchées ; on sait que l’UE a imposé en 2024 le partage de données aux plateformes ; on sait que 30 % des ménages français ont eu froid en 2024 et que la classe G est désormais prohibée à la location. On ignore la part exacte de l’effet « meublés touristiques » sur les loyers locaux, toutes choses égales par ailleurs ; on ignore la vitesse réelle de montée en charge des rénovations performantes chez les petits propriétaires ; on ignore comment les guerres en cours reconfigureront les flux d’exil et la carte des relogements en Europe. B. Tests : scénarios, coûts, effets Scénario français. Si l’on prend la thèse au sérieux, alors le DALO doit cesser d’être un goulot : il devient une passerelle. Test empirique : délais moyens de relogement des ménages reconnus prioritaires ; taux de décisions suivies d’effet ; part des attributions sociales dédiées aux prioritaires dans chaque département. Indicateur d’énergie : proportion de relogements qui améliorent d’au moins deux classes de DPE pour le ménage. Prédiction : si la thèse opère, ces indicateurs s’améliorent simultanément ; sinon, la maison reste un droit de papier. Scénario urbain. Les meublés touristiques ne sont ni diables ni anges : on les traite en infrastructure. Test empirique : publier mensuellement des tableaux de bord (logements retirés du parc long, tarifs moyens, retours à la location classique après sanctions) sur la base du règlement (UE) 2024/1028. Coût politique : affronter l’argument selon lequel la restriction profite au secteur hôtelier ; réponse : tout dépend de l’élasticité de l’offre résidentielle, des alternatives de revenus ménagers, et de l’affectation des recettes de sanctions (financement du logement social, aides à la rénovation). Scénario international. L’aide à l’Ukraine et à Gaza ne peut pas être seulement sanitaire : elle doit être habitationnelle. Test : nombre d’unités réhabilitées par an, normes d’habitabilité (shelter d’urgence vs reconstruction durable), sécurité d’occupation pour les déplacés internes. La prédiction simple — si la maison capacitaire se déploie — est une chute de la cohabitation contrainte en tentes et un retour graduel à l’école, au travail, à la santé du quotidien. Distinctions clés Maison / Logement : la première est un usage dans la durée, le second un statut juridique ; l’un sans l’autre se défait. Abri / Habitation : l’abri protège ; l’habitation habilite (elle donne des pouvoirs). Droit / Effectivité : le premier oblige ; la seconde mesure (délais, relogements, coûts). Propriété / Domicile : posséder n’est pas habiter ; habiter n’est pas forcément posséder. Espace / Lieu : l’espace se produit (LEFEBVRE) ; le lieu se pratique (INGOLD). Sécurité / Hospitalité : se fermer pour durer, s’ouvrir pour accueillir — trouver la juste charnière. C. Objection 3 (pratique) et réponse : les « trade-offs » Objection : vos critères coûtent cher ; ils ralentiront la production et chasseront les investisseurs ; la ville deviendra un musée. Réponse en trois points. 1) Coût d’inaction : le mal-logement a un prix macro (santé, éducation, productivité) supérieur aux subventions bien ciblées. 2) Équité temporelle (justice intergénérationnelle) : la maison ne doit pas être le mécanisme par lequel une cohorte accapare la rente foncière et énergétique au détriment des suivantes. 3) Priorités : on peut compenser des restrictions en court séjour par des facilités en long séjour (fiscalité, division parcellaire, surélévation raisonnée, mobilisations de bureaux vacants). La thèse ne fige pas ; elle équilibre. Trois indicateurs à surveiller DALO effectif : part des ménages reconnus prioritaires relogés dans les délais légaux ; source : Haut Comité / Ministère ; fréquence : trimestrielle. Thermie d’habitation : proportion de relogements améliorant d’au moins deux classes DPE ; source : Ministère / Ademe ; fréquence : semestrielle. Plateformes & parc : nombre d’annonces retirées pour non-conformité et nombre de logements revenus au long terme ; source : données (UE) 2024/1028 + municipalités ; fréquence : mensuelle. D. Ouvertures : deux pistes Première piste : la « maison comme commun » — non pas propriété collective abstraite, mais régimes d’usage partagés (coopératives, baux réels solidaires, fiducies) où l’on découple la valeur d’usage de la pure rente. Seule une économie politique fine évitera que la maison ne soit l’actif refuge qui accélère toutes les inégalités. Deuxième piste : « sensorialité & santé » — intégrer dans les normes d’habitabilité des indices sensoriels (bruit, lumière, matériaux toxiques), à la suite de PALLASMAA : l’architecture ne traite pas seulement l’œil, mais la peau, l’oreille, l’odeur. Habiter, c’est respirer. Une maison qui abîme les sens n’est pas « suffisante ». Trois « problèmes annexes » traités en contexte Responsabilité collective vs individuelle. À qui incombe la maison ? À l’État garant, aux communes qui planifient, aux plateformes qui diffusent, aux propriétaires qui arbitrent, aux habitants qui entretiennent ? La réponse est articulée : les individus n’ont pas à payer, seuls, les coûts systémiques ; les pouvoirs publics n’ont pas à se substituer à tout. La clé est l’alignement incitatif : faire converger intérêts privés et capabilités publiques. Justice intergénérationnelle. Les cohortes d’après-guerre ont acheté en monnaie stable et parfois à crédit bon marché ; les jeunes achètent cher et louent court. Entre patrimonialisation et mobilité, la maison devient fracture d’époque. Des outils comme le bail réel solidaire réduisent le prix du foncier ; la « maison capacitaire » justifie ces dispositifs. Liberté / risque. Restreindre les meublés, est-ce restreindre la liberté ? Oui, si l’on entend liberté-de-louer sans condition ; non, si l’on pense liberté-d’habiter pour tous. La liberté, en ville, n’est pas une absence de règles ; c’est la présence de bonnes règles, explicites, stables, évaluées. Conclusion Nous sommes partis d’un faisceau d’événements qui ramenait la maison à hauteur d’homme : le froid dans les logements français, des demandes DALO record, un règlement européen sur les meublés, des villes qui resserrent la vis, des guerres qui défont l’abri. Nous avons confronté ces faits aux traditions philosophiques : HEIDEGGER, BACHELARD, LEFEBVRE, LEVINAS ; nous les avons prolongées par INGOLD, NUSSBAUM, BUTLER, PALLASMAA, EASTERLING, pour tisser un concept apte à résister à la fois à la littéralité du code civil et à la magie des plateformes. La thèse proposée — la maison comme minimum d’habitation capacitaire — permet de recoudre droit et expérience, normes et usages. Elle n’idéalise pas le foyer ; elle ne méprise pas l’argent ; elle pèse les arbitrages et propose des tests. Ses limites sont assumées : elle suppose des moyens, des calendriers, une administration qui marche, des données partagées, une patience démocratique. Resteront toujours, dans une maison, l’ombre des marches, le bruit feutré d’une porte, la lumière d’hiver sur la table. Mais si la politique ne délivre pas les conditions de cette modestie — alors la « maison » n’est plus qu’un mot. Une ville n’est libre que si chacun peut y fermer sa porte, et l’ouvrir. SOURCES 30e rapport sur l’état du mal-logement en France 2025 – Fondation Abbé Pierre – (2025) – https://www.fondationpourlelogement.fr/30e-rapport-sur-letat-du-mal-logement-en-france-2025/ – Consulté le 7 décembre 2025. (Fondation Logement Défavorisés) Tableau de bord DALO 2024 / données chiffrées – Ministère de la Transition écologique (DALO) – (2008–2024) – https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/chiffres-donnees-dalo – Consulté le 7 décembre 2025. (Ministères Écologiques) Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées – Parution du tableau de bord statistiques DALO 2024 – (2 juillet 2025) – https://www.hclpd.gouv.fr/les-rapports-et-avis-a137.html – Consulté le 7 décembre 2025. (HCLPD) Décision n°94-359 DC du 19 janvier 1995 – Conseil constitutionnel – (1995) – https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000186652 – Consulté le 7 décembre 2025. (Légifrance) Règlement (UE) 2024/1028 du 11 avril 2024 relatif à la collecte et au partage de données concernant les services d’hébergement de courte durée – Union européenne (EUR-Lex) – (2024) – https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/1028/oj/eng – Consulté le 7 décembre 2025. (Eur-Lex) Loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024 visant à renforcer les outils de régulation des meublés de tourisme à l’échelle locale – Légifrance – (2024) – https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000050612711 – Consulté le 7 décembre 2025. (Légifrance) Spain orders removal of more than 65,000 Airbnb tourist rentals – Euronews – (20 mai 2025) – https://www.euronews.com/travel/2025/05/20/spain-orders-removal-of-more-than-65000-airbnb-tourist-rentals-it-says-violate-regulations – Consulté le 7 décembre 2025. (euronews) Barcelona to ban short-term tourist apartment rentals by 2028 – Reuters – (13 mars 2025) – https://www.reuters.com/world/europe/spains-top-court-backs-barcelonas-plan-ban-holiday-apartments-2025-03-13/ – Consulté le 7 décembre 2025. (Reuters) Milan bans check-in keyboxes for short-term rentals – Reuters – (4 décembre 2025) – https://www.reuters.com/business/milan-bans-check-in-keyboxes-short-term-rentals-2025-12-04/ – Consulté le 7 décembre 2025. (Reuters) Humanitarian Situation Update #263, Gaza Strip – OCHA oPt – (11 février 2025) – https://www.ochaopt.org/content/humanitarian-situation-update-263-gaza-strip – Consulté le 7 décembre 2025. 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