Combien d’arrêts maladie sont octroyés en France chaque année ? pierre.reynaud, 6 septembre 20256 septembre 2025 FAQ. Le débat s’est enflammé cet été : explosion des arrêts, « complaisance », téléconsultations encadrées, annonces de contrôles renforcés. Entre déclarations au cordeau et chiffres au long cours, il faut remettre les ordres de grandeur sur la table, pour mesurer ce que représentent les arrêts maladie et leur coût réel pour la Sécurité sociale. (L’Assurance Maladie, Egora, Univadis) 1) De quoi parle-t-on exactement ? Un « arrêt maladie » est une prescription médicale constatant l’incapacité temporaire à travailler. Pour les salariés, la Sécurité sociale verse des indemnités journalières (IJ) égales à 50 % du salaire journalier de base, avec plafond et délai de carence (3 jours dans le privé, hors accords plus favorables). À cela s’ajoutent souvent les compléments employeurs ou de prévoyance, qui ne relèvent pas des comptes de la Sécu. (Ameli, Service Public) Côté volumes, la statistique publique distingue les arrêts prescrits et, surtout, les arrêts indemnisés par l’Assurance maladie. En 2023, environ 8,4 millions d’arrêts maladie ont été indemnisés dans le régime général (hors indépendants), pour 5,9 millions de bénéficiaires et 286 millions de journées indemnisées. Le montant versé pour le seul risque “maladie” atteint 10,2 milliards d’euros (régime général, hors dispositifs dérogatoires Covid), avec un montant moyen d’IJ voisin de 35,7 €. À périmètre élargi (tous régimes de base), l’ensemble des IJ s’élève à 20,3 milliards d’euros, dont environ 11,6 milliards pour la maladie. 2) Pourquoi important maintenant ? Parce que la courbe s’est redressée. Entre 2019 et 2023, les dépenses d’IJ ont augmenté d’environ 28 %, croissance portée pour environ 60 % par les facteurs démographiques et économiques (plus d’emplois, salaires plus élevés), et pour le reste par une hausse du taux de recours et des durées à âge donné. La CNAM et la Drees convergent : au-delà du Covid, une dynamique de fond est à l’œuvre. (L’Assurance Maladie) Parce que le contexte budgétaire est serré. L’ONDAM – l’objectif national de dépenses d’Assurance maladie – avoisinait 248 Md€ en 2023 et 266 Md€ votés pour 2025 : les IJ « maladie » pèsent de l’ordre de 8 % de l’ONDAM si l’on prend l’enveloppe IJ totale comme repère. Le débat porte donc autant sur les économies possibles que sur la qualité des arrêts prescrits. (Assemblée nationale, Fipeco, DREES) Parce que les règles évoluent. Depuis 2024-2025, un arrêt prescrit en téléconsultation est limité à trois jours (sauf exceptions liées au suivi par le médecin traitant ou impossibilité d’accès au présentiel) ; parallèlement, la CNAM renforce ses contrôles ciblés auprès d’assurés et de prescripteurs. (Service Public, Batirama.com, Collecteam, Les Généralistes CSMF) 3) Idées reçues à corriger ? Première idée reçue : « Ce sont surtout des petits rhumes qui plombent la note ». Faux. Les arrêts courts (≤ 8 jours) sont les plus nombreux mais ne représentent qu’environ 4 % de la dépense. À l’inverse, les arrêts longs (> 6 mois) ne sont qu’environ 7 % des arrêts mais absorberaient près de la moitié des IJ. En 2023, 3 % des arrêts dépassaient un an et pesaient 24 % des montants. Le « coût » se joue donc au long cours, pas sur les arrêts éclair. Deuxième idée reçue : « La hausse vient surtout d’abus ». Réducteur. Les contrôles existent et sanctionnent des arrêts injustifiés, mais la Drees montre que les deux tiers de la hausse récente s’expliquent par des facteurs structurels (emploi, âge, salaires). Reste une hausse de sinistralité à âge donné, multifactorielle (santé mentale, conditions de travail, pathologies chroniques, post-Covid) – difficile à isoler par une cause unique. Troisième idée reçue : « La Sécu rembourse la quasi-totalité du salaire ». Non. Les IJ couvrent 50 % du salaire journalier de base, plafonnés ; les compléments relèvent d’accords d’entreprise ou de branche. La part Sécurité sociale n’est donc qu’une fraction de la rémunération totale maintenue pendant l’arrêt. (Ameli, Service Public) 4) Qu’est-ce qui reste incertain ? D’abord, l’ampleur durable du phénomène. 2023 marque une stabilisation des journées indemnisées à un niveau élevé, mais la tendance hors Covid reste haussière : la question est de savoir si la hausse se normalise ou repart. Les arrêts longs et les pathologies psychiques pèseront-ils davantage demain ? (DREES) Ensuite, l’effet réel des nouvelles règles sur la téléconsultation et des campagnes de contrôle. On connaît les textes et les intentions ; on ignore encore la réduction effective de jours indemnisés qu’elles produiront, et à quel coût social (report vers des arrêts plus longs, retards de soins, tensions entre soignants et payeur). (Service Public, Univadis) Enfin, la mesure fine des déterminants : la Drees rappelle que si l’on explique environ 60 % de la hausse par démographie et économie, le reste – fréquence et durée des arrêts à âge donné – demeure peu attribuable et donc délicat à piloter sans prendre le risque d’effets pervers. 5) Que regarder ensuite ? Surveillez trois cadrans. Le volume : nombre d’arrêts indemnisés et journées associées, pour distinguer court et long. La dépense : part « maladie » des IJ et trajectoire par rapport à l’ONDAM. L’impact des mesures nouvelles : limitation en téléconsultation, taux de contrôles et leur effet net sur les durées longues. La clé est moins de « faire la chasse aux jours » que de cibler les durées coûteuses tout en protégeant les arrêts justifiés. (Assemblée nationale, Service Public, Les Généralistes CSMF) À retenir en 7 lignes En 2023, 8,4 millions d’arrêts maladie indemnisés dans le régime général, pour 5,9 millions de salariés. Cela représente 286 millions de journées et 10,2 Md€ versés par la Sécu au titre du risque maladie (régime général, hors Covid dérogatoire). Au total, toutes IJ confondues (maladie, AT-MP, maternité), on atteint 20,3 Md€ en 2023 dans les régimes de base. Les arrêts longs sont minoritaires en nombre, majoritaires en coût. 60 % de la hausse 2019-2023 s’explique par démographie et salaires ; le reste tient à des arrêts plus fréquents/longs à âge donné. La téléconsultation est encadrée (arrêts ≤ 3 jours sauf exceptions) et les contrôles s’intensifient. Le sujet pèse autour de 8 % de l’ONDAM : débat budgétaire légitime, mais à traiter au scalpel plutôt qu’à la hache. (Assemblée nationale, Service Public) SOURCES Drees — « Arrêts maladie : au-delà des effets de la crise sanitaire, une accélération depuis 2019 » (Études & Résultats n°1321) — 13/12/2024 — https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-et-resultats/241211_ER_Arrets-Maladie (DREES) Drees — « Les indemnités journalières (IJ) — Comptes de la santé 2023 (édition 2024), fiche 23 » — 02/2025 — https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2025-02/CNS24%20-%20Fiche%2023%20-%20Les%20indemnites%20journalieres.pdf (DREES) Assurance maladie (ameli.fr) — « Arrêt de travail du salarié : indemnités journalières » — consulté 09/2025 — https://www.ameli.fr/assure/remboursements/indemnites-journalieres-maladie-maternite-paternite/arret-maladie-salarie (Ameli) Service-public.fr — « Arrêt de travail : règles en téléconsultation » — 12/03/2025 — https://www.service-public.fr/particuliers/actualites/A18116 (Service Public) Assemblée nationale — PLFSS 2025, annexe 5 (données ONDAM 2023 rectifié) — 16/10/2024 — https://www2.assemblee-nationale.fr/static/17/Annexes-DL/PLFSS-2025/PLFSS2025-Annexe05.pdf (Assemblée nationale) CNAM — Communiqué « Rapport Charges & Produits 2026 » — 24/06/2025 — https://www.assurance-maladie.ameli.fr/presse/2025-06-24-cp-presentation-rapport-charges-et-produits-2026 (L’Assurance Maladie) Cour des comptes — RALFSS 2024, chapitre « Indemnisation des arrêts de travail » — 29/05/2024 — https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-05/20240529-Ralfss-2024-Indemnisation-arrets-de-travail-pour-maladie-du-regime-general.pdf (Cour des comptes) Partager : Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook J’aime ça :J’aime Chargement… Similaire France